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La vie dans le désert
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Beatrix

Mardi 4/10/2005, très tôt.

Je suis en avance. J’ai garé mon vélo sur le parking. La porte qui ouvre l’accès au ponton est fermée par un gros verrou. Il n’y a personne d’autre que moi et il fait encore nuit.  Le lampadaire attire une nuée de papillons de nuit. Je lis avec peine les petites annonces collées dessus. Rien pour moi. Willy ou Murray va arriver d’ici quelques minutes. Le jour commence à poindre à l’est au dessus du colline rocheuse d’où émergent quelques villas luxueuses. Les perroquets vont entamer leur concert. Ils sont magnifiques mais il chantent comme des casseroles.
Ce pays, c’est Disneyland. Tout le monde il est gentil, les ferrys partent à l’heure, les gens ne resquillent pas, les jeunes marchent pieds nus, les mamans dynamiques poussent des poussettes de compète en tenue de ette (casquette, oreillettes, lunettes), les hommes plus âgés sont vêtus de chaussures de sécurité et de shorts de mickey remontés jusqu’au milieu du ventre.
Ils ont tous l’air de s’emmerder heureux.
Mais au moment où je me parle, le ponton reste désert, car il est trop tôt.
Ma seconde activité, après mon métier de sage femme, consiste à raffermir mes fesses entre cinq et sept heures du matin au milieu de la rivière. Je coupe effrontément la route de Will et de Murray sur mon siège à roulette, avec ma copine Lisa, le cul le plus musclé de la River Rowing Society . Quand je cherche les motivations qui me poussent à me lever à 4h du mat, faire 20 minutes de vélo en pleine nuit, franchir la rivière dans une quasi épave pilotée par un autiste poli, je trouve le plaisir de fendre l’eau calme au petit matin, celui de déchiffrer une partition nouvelle, de tracer un sillon sur une ardoise magique.
Arrive Murray, oreillé d’un walkman, trousseau de clé, deux tours, lumière, moteur. En deux minutes, je suis sur le pont. Cinq minutes plus tard nous sommes de l’autre côté. Dans quinze, le jour sera levé et je viendrai couper la route du ferry avec mon frêle esquif (c’est comme ça qu’on dit). Le temps s’est accéléré, d’un seul coup. L’efficacité au service des lève-tôt.
A huit heures, je prendrai mon service à l’hôpital et je délivrerai les femmes de leur futur fardeau.

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