15 Septembre 2007
—L'horloge indique vingt deux heures trente, mais elle est en avance. Quand l'avez-vous remise à l'heure la dernière fois, Monsieur Poireau?
—Jeudi dernier, lorsque je l'ai remontée.
—Vous voulez dire que cette horloge comtoise était au premier étage jeudi dernier au moment du crime ?
—C'est une horloge un peu turbulente. Non seulement elle avance, mais elle descend quand on a le dos tourné. Je la remonte une fois par semaine. Mais je me fais aider.
—Par qui ?
—Par le jardinier. C'est un costaud.
—Regardez votre montre, Poireau. Que lisez-vous ?
—Vingt heures trente.
—Et combien indique l'horloge ?
—Vingt deux heures trente sept. Elle avance !
—Exact. Si vous aviez été à la place du meurtrier se retrouvant nez à nez avec une horloge comtoise qui avance vers vous dans l'escalier, qu'auriez vous fait ?
—Je serais remonté.
—Exactement. C'est donc à l'étage que tout s'est passé. Montons.
—Vous ne voulez pas m'aider à remonter l'horloge ?
—Plus tard. Appelez le jardinier.
—Je ne le trouve pas. C'est étrange.
—Quand a-t-il disparu ?
—Juste après qu'on a découvert le corps de Madame dans le jardin, pauvre Madame, avec une fourche bêche enfoncée dans son petit corps frêle. C'est atroce.
—Relevez-vous, Poireau. Montons à l'étage. Où donne cette porte.
—Dans la toilette.
—Et celle-ci ?
—Dans la toilette.
—Vous avez deux toilettes ?
—Une pour les ladies et une pour les gents.
—Ah oui, c'est marqué en tout petit. (Il réfléchit longuement). Je sais qui est l'assassin
—Déjà ?
—Je vais vous expliquer ce qui s'est passé. L'assassin a attendu dans la toilette d'à côté que sa future victime ait fini. Quand elle est sortie, lui-même est sorti de sa cachette et l'a étranglée. Son forfait accompli, il a fait passer le corps de la comtesse par l'entrebâillement de l'œil-de-bœuf pour le faire tomber dans le jardin.
—C'est le jardinier !
—Laissez moi donc finir, Poireau. Puis il a jeté une fourche bêche par le même œil-de-bœuf pour accuser le jardinier. Le hasard a voulu qu'elle se plante dans le corps de la comtesse. Or il est physiquement impossible de tuer quelqu'un en lui enfonçant une fourche bêche dans le corps. Les bouts sont trop arrondis. Donc ce n'est pas le jardinier.
—Mais alors, qui est l'assassin ?
—C'est vous Poireau. Vous le savez très bien.
—Mais c'est impossible, au moment du meurtre, j'étais chez le notaire, pour la succession.
—Ah bon ? L'horloge avancerait de plusieurs jours alors ? Veuillez accepter mes excuses. On va reprendre l'enquête depuis le début.
—Vous prendrez bien un doigt de Porto ?
—Avec plaisir. Vous n'êtes pas rancunier.
—Non, mais j'ai un petit service à vous demander.
—Je suis votre obligé.
—Vous pouvez m'aider à remonter l'horloge ?
Détail des toilettes du premier étage vues de l'extérieur (photo aimablement fournie par "Paroles Plurielles".