Rédigé par Gino Gordon et publié depuis
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—Je déteste les bars.
—Moi aussi.
—C'est vulgaire.
—Les conso sont hors de prix.
—Les patrons te regardent comme si t'étais un porte-monnaie.
—Et les comptoirs en formica, pouah …
—Quelle horreur. Il paraît que ça fiche le cancer.
—Mémé en avait partout dans sa cuisine. Je suis sûr qu'elle est morte de ça.
—Morte du formica ? C'était pas une cirrhose ?
—Ah non je t'assure qu'elle est morte du formica. Tous ces trucs qu'elle a respiré !
—Heureusement qu'elle fumait ses deux paquets de Gitane. Ça a adouci son calvaire.
—Mémé, elle aimait bien boire un petit coup de temps en temps pour se remonter le moral.
—Pourtant, elle avait horreur des bars, mais elle disait qu'elle y allait pour rendre service au patron, qu'était un copain.
—Faut dire qu'en habitant juste au-dessus…
—C'était une victime, mémé.
—Une victime de son bon cœur.
—Remarque le formica, ça avait son charme. Ça faisait un peu ancien.
—C'était facile à nettoyer.
—Et le patron, il a été sympa avec elle, il lui offrait des canons à mémé pour la dédommager du bruit en dessous de chez elle. Des galopins.
—Elle refusait jamais. Un galopin, c'est juste une petite bière et c'est ce qu'il y a de moins cher.
—T'en veux pas un.
—Allez un petit, mais après c'est tout.
—Deux galopins, s'il vous plaît.
—Dites donc, vous seriez pas les deux petites-filles à mémé, les jumelles ?
—Si. C'est nous qui avons hérité de son appartement. On faisait le tour du quartier, pour voir si on reconnaissait.
—C'est fou ce que vous ressemblez à mémé quand elle était jeune. Allez, c'est ma tournée. Vous paierez la prochaine…