Rédigé par Gino Gordon et publié depuis
Overblog
Il était une fois une très belle princesse qui avait totalement perdu le goût de l'existence. Son père, le roi, désespérait de la marier car elle décourageait tous ses prétendants par son cynisme et son dédain. Un jour, le roi, monta les deux cent cinquante-quatre marches menant à son appartement et appuya sur la sonnette du digicode pour lui demander un entretien. La donzelle le laissa entrer car elle aimait passionnément son père - et d'ailleurs on pensait dans l'entourage du roi que c'était justement là le problème-. Le roi fut stupéfait par le bordel qui régnait dans cet endroit. En dehors de la fidèle Cindy qui s'occupait du linge sale, nul serviteur n'était toléré dans la tour Est du château. Le roi ne fit aucun commentaire de peur de froisser sa fille. Il dit simplement.
-Ma fille, tu as maintenant trente-sept ans et il serait peut-être temps de te marier pour assurer notre lignée. Ta pauvre mère qui est morte à ta naissance - et d'ailleurs on pense dans mon entourage que c'est justement là le problème - m'a demandé de lui jurer que tu lui ferais un héritier, comme si cela était de ma responsabilité.
-Mon père, dit la fille sans cesser de se faire les ongles, car bien que vivant dans une porcherie comme nombre d'adolescents de son époque, elle était absolument nickel sur elle, ce qui lui permettait de temps en temps de se laisser prendre en photos sur son balcon par les rares paparazzi que son père payait à prix d'or.
-Mon père, dit encore la fille en reprenant sa phrase interrompue par des digressions impromptues, j'ai conscience de l'embarras dans lequel je vous plonge. Mais tous les prétendants que vous m'avez présentés ne s'intéressent qu'à mon argent. Le monde des princesses est pourri, et j'ai décidé de me retirer dans mes appartements avec mon stock de vernis à ongle.
-Ma fille, dit le roi, je vous propose un marché. Je vais annoncer partout dans le royaume et même dans ses marches, que ma fille épousera celui qui lui offrira le plus beau et le plus merveilleux cadeau que la terre ait porté. Ce sera ma dernière tentative pour vous trouver un époux.
La fille du roi réfléchit un moment et dit:
-D'accord, mon père, mais à la seule condition que le cadeau soit un véritable cadeau surprise, c'est à dire qu'il m'émeuve, qu'il me remue et me guérisse de cette nervous breakdown dans laquelle je suis tombée depuis que je suis petite.
Le marché fut conclu et les hérauts annoncèrent la nouvelle jusqu'aux confins du royaume, c'est-à-dire à deux kilomètres à la ronde car le royaume était tout petit, quoique fort riche grâce à ses immenses réserves de cash souterrain.
Puis ce fut un défilé de cadeaux, tous plus beaux et plus somptueux les uns que les autres : des parures ornées de diamants étincelant de mille feux, des automobiles rouges avec des chevaux cabrés sur la calandre, des sacs à main en cuir avec des initiales magiques, un cheval de course haletant, un cœlacanthe vivant dans un aquarium serti de saphirs étincelant de mille feux, un troupeau de dromadaires avec selles assorties ornées de topazes étincelant de mille feux, une limousine avec dix-huit portes contenant un frigo américain à deux portes, un prince du gaz russe avec ses mille deux cent cosaques en costume, une collection de Play-Boy reliée pleine peau dédicacée par l'Aga Khan, un avion Rafale équipé avec ses initiales en lettres d'or étincelant de mille feux sur chaque missile, un sous-marin nucléaire lanceur d'engins dédicacé par le Président de la République Française, etc.
La princesse renvoyait les cadeaux avec dédain en les traitant d'abjects de luxe. Le dernier jour, aucun des cadeaux ne l'avait convaincue et elle se préparait sans sérénité à une vie monastique lorsqu'on annonça un dernier cadeau arrivé le matin même par Chronopost. Il s'agissait d'un tout petit paquet très léger, enveloppé de papier kraft qu'elle fit ouvrir par sa fidèle Cindy.
-Madame, dit la domestique, c'est une espèce de chiffon tout usé et qui sent fort mauvais. Le visage de la princesse d'empourpra et elle se précipita sur l'objet en criant: mon doudou !! C'était bien son doudou qu'elle avait perdu à l'âge de treize ans lors d'une promenade à cheval. Son visage rayonnait de bonheur.
C'est ainsi que la princesse retrouva la joie de vivre, épousa son papa et enfanta de nombreux garçons, et c'est bien là le problème, dit-on dans son entourage.