Rédigé par Gino Gordon et publié depuis
Overblog
Le maître d'hôtel (pas vieux): Monsieur a choisi ?
Pavel: Je prendrai un pavé de Bruxelles.
Le maître d'hôtel (se pavanant): Donc je note un pavé de bœuf mariné à l'échalote accompagné de choux de Bruxelles ?
Pavel: Ah mais non, je voudrais un de ces pavés de Bruxelles, un de ces gros pavés bruns, lisses et doux, patiné par le temps qui a fait la réputation de votre établissement.
Le maître d'hôtel: Hélas, Monsieur, nous ne les faisons plus. Les pavés de Bruxelles ont été rayés de la carte.
Pavel: Mais c'est une hérésie! Une abomination !
Le maître d'hôtel (impavide): Une décision difficile, oui. Des clients se sont plaints de lourdeurs d'estomac. Par contre nous avons toujours d'excellents petits pavés du Quartier Latin, sur leur lit de plage de sable fin.
Pavel: Quel millésime ?
Le maître d'hôtel (pavoisant) : Mil neuf cent soixante-huit, Monsieur. Une année exceptionnelle qui les vit voler par milliers. Nous sommes le dernier établissement à battre le pavé.
Pavel: Allons-y pour un pavé parisien.
Le maître d'hôtel: Et comme dessert, Monsieur prendra ?
Pavel: Un Paris-Brest.
Le maître d'hôtel: Décidément, Monsieur n'a pas de chance. Nous avons fini les Paris-Brest. Mais il me reste un excellent Paris-Roubaix dans son jus.
Pavel: Très bonne idée
Le maître d'hôtel: Je vous propose le millésime quatre-vingt-douze, qui vit la victoire héroïque de Gilbert Duclos-Lassalle.
Pavel: Vous n'auriez pas du quatre-vingt-quatorze?
Le maître d'hôtel: Monsieur fait certainement allusion à l'épisode difficile de la chute du même Gilbert Duclos-Lassalle dans la tranchée d'Arenberg.
Pavel: Une bien mauvaise chute, oui.
Le maître d'hôtel: Une très mauvaise chute.
Pavel: Mais il est reparti et a fini la course maculé de boue.
Le maître d'hôtel (après un long silence): Monsieur le veut comment, son Paris-Roubaix ?
Pavel: Saignant.