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La vie dans le désert
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Xavier

Dimanche 2 octobre 2005, 15h 

Le dimanche est mon seul jour de repos. Mon plaisir est de longer le parc et de flâner en survêtement jusqu'à l'embarcadère de l'Université. De là, je dois traverser le fleuve qui à cet endroit présente un rétrécissement. Le quartier est prodigieusement chic, et la jungle touffue bataille ferme contre les carrés de gazon, les piscines et les abris de jardin. La rivière paresse encore en étirant ses méandres pendant plusieurs kilomètres avant d'atteindre le centre-ville proprement dit, où les bâtiments prennent de l'altitude, par fierté, par mimétisme ou par spéculation sur les terrains. La rivière continue ensuite jusqu'au port pétrolier et se jette dans le Pacifique au milieu des réservoirs de kérosène et des pistes d'aviation.

Le dimanche est mon jour de détente. J'essaie de porter un regard non professionnel sur les touffes d'herbe, les taillis et  les fossés qui m'entourent. Le reste de la semaine, c'est mon travail de civiliser la jungle: je lui donne cet aspect propre et bien peigné, conforme à l'image qu'ont les habitants de leur ville, de leur quartier, de leur rue.

Je traverse peu souvent la rivière en bateau. La plupart du temps, je la traverse en amont ou en aval sur des ponts aveugles à la beauté des rives.

Le dimanche, le bateau me permet d'aller jouer au foot sur la rive opposée avec mes amis du Salvador Socceros Society.

Aujourd'hui, l'attente est interminable. Le bateau stationne sur l'autre rive, indifférent à la foule amassée. Je reconnais quelques têtes – des admirateurs, des enfants -, mais aucun autre joueur.

La vétuste embarcation orange arrive enfin. Je ne reconnais pas le pilote. Probablement un intérimaire, lequel a d'ailleurs quelques difficultés à accoster. La marée est particulièrement basse.

J'observe quelques crabes qui nous observent entre les racines fourchues des palétuviers. Un crabe qui s'arrête de marcher doit forcément penser. A sa note de gaz, peut-être. Nous accostons. Je m'étale de tout mon long sur la passerelle glissante. Je n'aurais pas dû chausser mes crampons si tôt.

 

 

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