Rédigé par Gino Gordon et publié depuis
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Le grand prédateur est attendu.
Le grand prédateur arrive.
Le grand prédateur gronde, je le sens.
Mes amis, mes amies, c'est l'heure de la prédation. Nous serons laminés, taillés en charpie, écartelés par les lames du grand prédateur. Nous serons battus à mort et ensilés comme du Vulgus Homo, nous serons sur la paille, nous n'aurons plus d'image et bientôt plus de son.
Mais d'où vient cette agitation ? Serait-ce le vent qui nous excite, le vent de l'orage qui fait onduler les blés et tournoyer les papillons désorientés. Les coquelicots dégingandés balancent un regard affolé et perdent une à une leurs gouttes de sang.
Mais d'où vient cette fine poussière ? N'est-ce pas une partie de nous-même qui se répand dans l'air, aspirée et centrifugée dans d'immenses cyclones de métal ?
Marguerite se penche vers moi et me touche. Nous avons grandi ensemble et nous avons la même taille. La dernière tige du condamné avant la coupe finale. Tu es belle comme un épi mûr abandonné aux rayons mordants de l'astre, amie dont je rêve depuis que l'idée de toi a germé en moi.
La bête s'est éloignée, et avec elle le vacarme des couteaux. La mécanique de précision des cigales a pris la relève. Nous sommes saufs, pour le moment.
Qu'est-ce que l'humanité, sinon quelques milliards de grains doués de la conscience de leur propre mort? Qui sommes-nous, Marguerite, pour prétendre n'être au mieux que de la nourriture réduite en poussière ?
La brise souffle plus fort. Marguerite se cogne contre moi, fleur et orge brassés par le nonsense de la vie, attendant sans hâte le retour du prédateur.