«Comprimé et détendu, le chlorofluorocarbone tourne en rond dans son réfrigérateur, attendant le moment où il fera le tour de la terre à grande vitesse en boulotant la couche d'ozone. Le vieux frigo, lui, rêve de passer à la cisaille et de naviguer sur une barge géante vers un haut-fourneau au bord de la mer de Chine. Blottie à l'intérieur, la brique de lait ne sait pas que dans quelques jours, elle fournira de jolies flammes bleues, qui feront bouillir quelques grammes d'eau destinés à chauffer et éclairer quelques centimètres de peau dans une cité pavillonnaire. Sous son plastron incandescent naîtra une guêpière d'aluminium qui, aussitôt mise à nu, se recroquevillera sur la grille géante d'un incinérateur ultramoderne. Elle reposera pendant deux mois sur un terre-plein battu par la pluie, avant d'être ensevelie sous une autoroute où circuleront des millions de véhicules. Les jolies flammèches bleues se transformeront, elles, en gaz toxiques instantanément abattus en vol par de fines gouttelettes de chaux et d'ammoniaque…»
Philippe pose son livre, sort la brique entamée de son vieux réfrigérateur et se verse un grand verre de lait frais. La voie de la simplicité semble bien encombrée, se dit-il, avant de se raviser et d'ouvrir une bière.