Rédigé par Gino Gordon et publié depuis
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Elle avait apporté des fleurs de tournesol. Cette fille magnifique à l'odeur de foin entrait dans leur maison avec une brassée de lumière et comme à l'habitude, les garçons la dévoraient des yeux et se laissaient doucement pénétrer par son charme. Elle ne pipait mot, se contentant de les fixer un à un, son bouquet de fleur dans les bras.
— C'est un cadeau ? dit Jean.
Elle ne répondit pas. Elle avait trouvé un vase dans un buffet de la maison, coupé prestement les tiges et disposé en un tournemain l'immense bouquet sur la table de la salle à manger.
— Tu veux qu'on le prenne en photo, dit Matteo ?
Elle fit oui d'un signe de tête. Elle semblait fière de son trophée. Les trois garçons tournaient autour du bouquet. On fit des photos de Louise et son bouquet, des garçons tous ensemble, du bouquet seul, de Louise et des garçons. Les trois garçons aimaient Louise, donc ils aimaient son bouquet.
— On en a chacun un ? dit Lucas.
— Non, dit Louise, rompant le silence. C'était un "non" de Louise. Un "non" qui ne souffrait aucune discussion, aucune contradiction.
Louise était partie. Elle avait planté les garçons au milieu de salon. Ils ne touchèrent pas au bouquet, même lorsque les pétales furent tombés et les tiges desséchées.
Des trois mystérieux tournesols, Jean était le plus grand et le plus beau. Il dépassait de deux têtes ses congénères lorsque Louise l'avait cueilli. Lucas regardait la lune quand tous les autres regardaient le soleil et elle avait tout de suite aimé cette fleur non conformiste. Quant à Matteo, le téméraire, Louise avait pris des risques pour le glaner sur le terre plein central de l'autoroute, entre les glissières de sécurité.
Elle aurait aimé cueillir les trois garçons, mais c'était interdit. Elle aurait aimé leur parler, mais les mots ne venaient pas. Cueillir des fleurs était tout ce qu'elle savait faire.