Elle s’est dégagée nerveusement. Sans un mot. Sans un regard. Des jours que j’attendais ce moment et puis plus rien, quelque chose comme « la consommation étant terminée, vous êtes prié de vaquer à vos occupations habituelles ». Je suis descendu de mon petit nuage et j’essaie de me remémorer ce bref instant que nous venons de vivre, d’une rare intensité. Dites moi que je ne me suis pas fait mon cinéma ! Dites moi que cet instant de bonheur était partagé, mademoiselle ! Dites quelque chose ! Elle se détourne et son regard se porte vers l’infini. Il n’y a ni tristesse ni regret, ni révolte, juste une indifférence appuyée. Je m’approche d’elle mais elle s’écarte un peu plus. Cela veut dire : c’est fini. Mais comment oublier son odeur, sa démarche souple, sa robe blanche, son regard doux, sa façon de frotter sa tête contre la mienne ? Et moi, l’amoureux transi au ventre noué à l’esprit tout chamboulé, je rêve que la folie du printemps, les parfums des prés, le bourdonnement des abeilles, le chuintement du ruisseau lui feront perdre une nouvelle fois sa belle contenance. Soyons patient, faisons mine de l’ignorer. A l’autre bout du champ, je serai suffisamment loin pour l’oublier et suffisamment près s’il lui prend l’envie d’un autre câlin. Continuons à brouter.
(j'ai pensé à une lapine à cause de la robe blanche ... car je n'ai jamais vu de jument blanche... à part une seule peut-être ... qui cependant ne compte pas, parce qu'elle portait, le jour où je l'ai aperçue, une robe de mariée ;-)))