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La vie dans le désert
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Un réveil banal

 

Je sais qu'elle va sonner.

 

Ma montre Ludwig Morp (de Paris) est un cadeau de ma copine Edith. Il y a quinze jours j'ai décidé de remplacer le bracelet qui avait fondu sous l'action conjuguée de mes muscles saillants et de ma sueur acide. Mon voisin horloger m'en a vendu un pour le prix d'une montre. Depuis, les aiguilles dérapent entre 11h30 et 12h00. Heureusement j'ai un cadran digital de secours qui me permet de remettre ma montre à l'heure deux fois par jour.

 

Pour le moment, elle est posée sur le rebord du lit et moi, je suis absorbé par ces pensées . J'évalue le nombre de secondes qui me séparent du réveil officiel. C'est le début d'une journée intellectuelle.

 

Ce matin, rien ne se passe et je décide de mettre un pied par terre avant de céder à la tentation du rendormissement. Le geste est précis, contenu, car il est nécessaire de s'extirper du lit en minimisant l'espace vide générateur de froid sibérien – au dire de Bérénice – que provoque mon éjection matutinale. Je marche dans le noir jusqu'à la porte et sors sur le palier. Il est six heures vingt. J'ai dix minutes d'avance. Je bute sur une chaussures, puis sur une autre (tiens une paire !) et j'atteins à tâtons la salle de bains. Je suis le seul à ne pas allumer la lumière et à ne pas claquer les portes. C'est mon côté vieux jeu.

 

Premiers pas du matin au milieu de traces de vie familiale. Je constate que la salle de bains fait désormais fonction de vestiaire et que le dressing a été transformé en entrepôt.

 

Apparition furtive d'Alice, toujours dans le noir. Pour Alice, le monde qui l'entoure ne commence à exister que lorsque elle a mis ses lentilles et masqué son acné à l'aide d'épais onguents, c'est à dire au bout de trois quarts d'heure. Alice monte au deuxième étage.  A tout à l'heure Alice.

 

Arrivée théâtrale d' Anna, précédée par l'allumage de toutes les ampoules dans un périmètre de sûreté connu d'elle seule. Façon Lisa Minnelli, elle est descendue du deuxième étage dans son peignoir blanc et allume la lumière de la salle de bains.

 

Nous sommes deux dans la salle de bains. Il y en a un de trop. Il descend à la cuisine et commence à se verser un bol de céréales et éplucher sa pomme, quand surgit le fauve de la maison. Miaou. C'est le premier son intelligible du matin. Ce miaou signifie à la fois, bonjour, j'ai faim, verse moi des croquettes, ouvre moi la fenêtre, et quand tu auras fini tes céréales laisse un fond de lait au fond de ton bol.

 

Le chat est sorti par la fenêtre, est rentré par la chatière. Miaou. J'ai ouvert la fenêtre. Le chat est sorti par la fenêtre, puis il est rentré par la chatière. Miaou. Le chat s'est enrayé.

 

Je remonte. La douche aussi s'est enrayée." Anna ", je fais. Mais elle n'entend pas, occupée à dormir sous la douche en attendant que le shampooing lui tombe sur la tête. Je monte au deuxième mais on est en pleine séance de fardage.

 

Mon avance fond.

 

Finalement la salle de bains se libère. Anna sort en robe de chambre, échevelée et me fait un gros baiser sur la joue. Alice descend et fait " Jourpa " en agitant la main. Le jour commence à se lever et il va sûrement faire beau.

 

Ce matin je ne me pèserai pas (j'ai mangé, inutile de se ruiner le moral pour rien). Je retire ma montre. J'enduis mes cheveux de shampoing-bio-qui-ne-mousse-pas-et-qui-agace et je succombe à mon tour aux joies de la somnolence-sous-la-douche.

 

Des portes claquent. Tiens les filles sont parties. Je m'habille avec peine dans le dressing encombré. Je descend. Miaou. J'ouvre la fenêtre pour le chat. Tiens il n'a pas bu mon lait.

 

Je remets ma montre. Je mets mon manteau, mon casque, mes gants, je sors le vélo. Je ferme doucement la porte et je pars….

 

Il est 7h45. Dans 3 minutes, Bérénice sera debout.

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