Rédigé par Gino Gordon et publié depuis
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—Fait pas chaud hein ?
—Ca non, fait pas chaud.
—Vous attendez l'autobus ?
—Non.
—Moi, j'attends l'autobus. Il est en retard.
—Ah ?
—D'habitude il passe à la demie et là, il est trente-cinq.
—Il ne viendra pas.
—Vous croyez ?
—Je ne crois pas, j'en suis sûr. L'autobus m'évite.
—Il vous évite ?
—Oui.
—Mais alors, que faites-vous à l'arrêt du bus ?
—Je vérifie devant témoin.
—Vous vérifiez qu'il ne passera pas ?
—Oui.
—Attendons un peu.
—Oui, on ne sait jamais.
—Vous allez où ?
—Personnellement, je ne vais pas.
—Vous n'allez pas bien ?
—Je vais bien, mais je ne vais pas. Je reviens.
—Ah vous revenez! D'où ?
—De là où je suis allé, allons !
—De l'arrêt de bus ?
—Par exemple.
—Mais si l'autobus ne vient pas, vous n'allez jamais revenir ?
—C'est bien ça mon problème. Je n'arrive jamais.
—Vous n'arrivez pas où?
—Je n'arrive jamais à revenir.
—Vous pourriez prendre un taxi ? Ca vous fera revenir.
—Je n'ai pas des revenus suffisants.
—Tiens voilà l'autobus qui arrive.
—Ce n'est pas le bon. D'ailleurs ma tête ne lui revient pas. Il passe sans s'arrêter.
—Vous avez raison. Je vais rentrer à pied.
—Bonne idée! Rentrez à pied, moi je reste encore un peu.
—Pourquoi ?
—Pour re-vérifier.
—Eh bien, je suis ravi d'avoir fait votre connaissance, Monsieur.
—Moi de même, Madame.
Au même moment, un autobus arrive.
—Voilà notre autobus.
—C'est impossible.
—Si, si, je vous assure, c'est le nôtre.
—Vous avez raison. C'est bien lui. Je n'en reviens pas.
Il se précipite et dans l'excitation, manque de se faire accrocher.
—On dirait que les autobus ne cherchent plus à vous éviter.