Il m'a dit installe-toi et souris. J'ai obéi. Je n'ai rien dit, mais je n'avais pas que ça à faire. Des tonnes de repassage, du courrier, la table à débarrasser, les gosses à torcher… Non je rigole, j'avais plein de domestiques… et des gosses, j'en voulais pas. Je l'ai trouvé un peu gonflé de débarquer comme ça, sans prévenir. Et vas-y, mets ta main là. Et l'autre par dessus, très bien. Bouge pas, j'en ai pour deux heures. Et reviens demain, mais attention, tu mets tes mains pareil, et tu souris pareil, et tu mets la même robe. Je veux voir ton décolleté, mais juste la naissance des seins. Ta voilette, pas trop basse. T'as compris ? Bien sûr j'ai compris. Je suis pas plus bête qu'une autre, je lui ai répondu. Quinze jours, ça lui a pris. Tout juste si j'avais le droit de changer de culotte. Et puis un jour, il a dit: c'est fini, tu peux rentrer chez toi. J'étais pressée que ça se termine, si vous voyez ce que je veux dire, mais j'ai pas pu. Je ne sais pas comment ça s'est passé, mais ça s'est passé. J'étais de l'autre côté. Cette femme à côté de moi, l'esprit aussi creux qu'une calebasse, est partie après m'avoir jeté un regard vide. C'est la dernière fois que je me suis vue. Depuis, on s'occupe de moi. D'abord Léo, qui n'a pas cessé de me toucher et de me retoucher. Surtout la bouche. Moi qui ai horreur qu'on me touche le visage, j'étais servie. Il venait tous les jours, et même plusieurs fois par jour. Un vrai malade. Ça a duré quinze ans. Quinze ans de calvaire. Il m'a même emmenée avec lui en France. J'étais sa chose. Il ne me laissait en paix que pour dessiner ses machines. Quand Léo est mort, j'ai été tranquille pendant un bon moment, mais depuis deux siècles, ça n'arrête pas. Je vois passer la terre entière. On me bichonne, on m'encadre, on me désencadre, on me rencarde, on me balade, on m'éclaire, on m'assure, on me réassure, on m'expertise, on me contrexpertise, on me numérise, on me radiographie. Je suis une star. C'est pourtant pas toujours facile de garder le sourire quand on a envie de faire pipi depuis cinq cents ans.
( Le bûcher restait cependant une solution bien peu satisfaisante et fort coûteuse en matière première ... les énurétiques mettant trop de temps à brûler... pourquoi ? - devinette de très, très mauvais goût, que j'ai même honte à formuler ... mais bon ... les connaissances il faut savoir les partager -
On entre dans un sujet technique, mais il se trouve que je suis un spécialiste de l'incinération des ordures ménagères - encore une affirmation rigoureusement vraie -. Il suffit tout simplement de mélanger l'énurétique à des pneus.
E
el papou
25/11/2007 17:40
J'aime bien votre texte....!<br />
Pourrais-je m'en servir sur mon blog"Passezmoilajoconde"<br />
Merci
Mais bien sûr, avec plaisir, si vous citez mon blog (par exemple avec un lien).Avez-vous lu les autres textes publiés dans Impromptus Littéraires sur le même thème ?
Une page d'histoire méconnue: il fut un temps où l'on envoyait les énurétiques au bûcher :o))
C
clau
17/11/2007 12:07
je me retiens... de rire ;-)remarque, quand on y réfléchit sérieusement , la solution serait tellement si simple et si peu coûteuse... il suffirait de mettre un pot sous le tableau et de le changer régulièrement ... pas plus bête que ça... mais il est vrai que la dé-pression est risquée ...