Rédigé par Gino Gordon et publié depuis
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Dans l'ombre du cabinet, cet homme est discret. Il travaille sans relâche. Pendant que le président dort, Arturo veille. Il prépare ses discours. Un discours enflammé pour défendre les opprimés, un discours libéral pour rassurer les patrons, un discours responsable pour défendre la planète contre le capitalisme sauvage, un discours populiste pour séduire le misérable et flatter le râleur. Arturo n'a de cesse de trouver le mot juste, la petite phrase qui sonne bien, qu'il tourne et qu'il retourne dans sa tête, qu'il jette sur le papier, rature fiévreusement, recopie, relit et confie au petit matin à la secrétaire. Lorsqu'il a fini, il a ce sourire presque niais et cette jubilation qui irradie son front. Arturo est un récepteur. Il capte les idées du temps, les pensées secrètes des hommes. Pas seulement celles d'un seul homme. Celles de millions d'hommes. Chaque soir, il a absorbé l'humeur du jour, il l'a pétrie et transformée en caresse, en exhortation, en menace, en prière. Le président n'a plus qu'à caresser, exhorter, menacer, prier. Le président est un merveilleux acteur qui n'a besoin de lire un texte qu'une fois pour en saisir les nuances les plus subtiles. Au début, il avait plusieurs plumes, puis au fil du temps, congédiant l'une après l'autre, il n'a conservé que le verbe d'Arturo.
Lorsque le président caresse, exhorte, menace, prie, il est le Président. Il parle de pierre aux hommes et de fleur aux femmes. Les foules se pressent pour l'écouter. Arturo dort dans son bureau.
Aujourd'hui, Arturo a offert au président un discours de rupture, un discours que le président ne prononcera pas. C'est un discours qu'il doit faire à sa femme. Mais il est trop tard. Elle est déjà partie. Il fait nuit. Le président convoque Arturo. Celui-ci entre dans le bureau. Le président fait un geste de reconnaissance en se courbant légèrement. Arturo sourit et tourne les talons. La scène est étrangement silencieuse. Arturo est sourd-muet de naissance.