Rédigé par Gino Gordon et publié depuis
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-Ton ficus ! Il a l'air bien malade. Tu devrais le changer de pot.
-Inutile. Il se plait bien comme ça. C'est un Ficus Unifolius. C'est assez rare. Les gens le confondent souvent avec le Ficus Urinofelix.
-Le quoi ?
-Ficus Urinofelix.
-Ah oui, j'en ai eu un pareil. Mais je n'avais pas de chat.
-C'était sûrement un Ficus Pilomanus. T'as dû oublier de l'arroser ?
-Dis moi, que se passe-t-il si je lui retire sa feuille ?
-Ne fais pas ça malheureux ! Si tu lui arraches sa feuille unique, il va se jeter par la fenêtre de désespoir.
-Ben voyons ! Et si la feuille tombe toute seule ?
-Là c'est différent. Si elle tombe, c'est qu'une autre feuille est déjà en bourgeon, prête à prendre la relève.
-Ah ! En tout cas ça ne fait pas très joli chez toi.
-On voit que tu n'y connais rien en ficus. La feuille unique, c'est Zen. L'art du dépouillement, si tu veux. En plus, je lui parle et il me répond, bien qu'il en soit un peu dur.
-N'empêche que je l'arracherais bien cette feuille.
-T'es malade ou quoi ? Touche pas à mon ficus !
-Trop tard. Elle m'est restée dans les mains.
-Ah c'est malin. Regarde la tête qu'il a maintenant. Il ne t'a pourtant rien fait ? Pourquoi le mutiler ?
-Mais c'est une petite feuille de rien du tout et en plus elle est venue toute seule. D'ailleurs, regarde là : il y a un minuscule bourgeon qui ne demande qu'à pousser. Non, je t'assure, ton ficus n'a aucune envie de se suicider.
-Ecoute, ça suffit. Tu m'énerves. Tu ferais mieux de partir.
Robert part en grommelant. Laurent reste seul et caresse ce qu'il reste de son ficus, sur le rebord de la fenêtre.
-Va falloir en racheter un autre. De toute façon, il était fichu. Je dirai à Robert que mon Ficus Unifolius s'est transformé en Ficus Multifolius grâce à sa main verte !
Mais Laurent a un geste maladroit en voulant transporter le pot. La plante tombe du quatrième étage et s'écrase avec fracas. On entend un cri.
-Robert ! Tu n'as rien ?
-Robert ! Réponds-moi !
Robert s'est relevé. Il a quelques égratignures, mais il semble aller bien.
-Ton ficus, c'est une vraie tête brûlée. Je crois qu'il est mort pour de bon ! Je veux bien t'en racheter un, mais promets-moi de l'éloigner de la fenêtre.