"J'ai embrassé l'aube d'été." Le maître avait d'immenses oreilles et un éternel costume gris. C'était sa dernière année de communale. C'était aussi la nôtre. Nous n'avions qu'à puiser dans son immense savoir pour grandir. Il ne nous parlait que de choses douces et agréables et surtout il aimait la poésie. Ce premier jour d'été, Sophie était debout sur l'estrade, les mains dans le dos et se balançait légèrement. Elle était magnifique et inaccessible. Sa voix cristalline, le regard bienveillant du maître, la chaleur de cette fin de matinée nous enveloppaient dans une agréable torpeur. J'ai sursauté lorsque la cloche a sonné. Avant de retourner à sa place, Sophie a fait un petit détour et m'a soufflé dans l'oreille en riant: "Au réveil il était midi".